dimanche 26 juillet 2015

S'interroger sur l'Indépendance à la mauricienne ?



Riyad DOOKHY, 'S'interroger sur l'Indépendance à la mauricienne ? ', Le Mauricien 23 mars 2011
26 mars 2011, 11:50
RÉFLEXIONS PHILOSOPHIQUES APRÈS LES FESTIVITÉS
 
S'interroger sur l'Indépendance à la mauricienne ?
RIYAD DOOKHY, Barrister (Royaume-Uni),
Chercheur (IRCM, France)





Au regard du droit et de la communauté internationale, nous sommes un État indépendant. Cette indépendance ne s'inscrit pas comme une coupure de l'histoire, mais s'y insère. Elle constitue une souveraineté donnée et reçue par un acte statutaire britannique. Elle n'est pas autoproclamée et les termes de sa rédaction n'émanent pas des individus qui habitent son territoire. Ceux-ci ne font, au fait, que récupérer une donation unilatérale qui désormais les interpelle à " être ".

C'est ainsi que nous héritons les institutions du passé. Au-delà d'un acquis juridico-politique dans les termes, l'indépendance, à l'esprit de tout mauricien, ne peut que renvoyer à un concept philosophique implicite, à un état d'être, à un corollaire non exprimé dans la formule même de notre " indépendance politico-juridique ". Un être humain naît indépendant (le propre, ou alors la " vérité " de l'" être "), et l'" indépendance politico-juridique " n'est que l'aboutissement logique, en forme communautaire, sociétale et organisée, d'une inaliénabilité primaire de cette " vérité ". L'indépendance mauricienne proclamerait ainsi la liberté existentielle de l'être humain.

Après une première génération d'être " mauricien ", suite donc à la réception de l'Indépendance, qui a été marquée par son insistance sur les institutions de l'État reçues en héritage, une deuxième s'est vue naître en son sein une parole politique, donc la naissance d'une certaine parole originaire, avec les mérites et les torts qui en découlaient, mais certes constitutive d'une entité mauricienne. Nous sommes, maintenant, et établissons ce calendrier, à une troisième génération, qui peut se permettre de mettre en suspens le temps, et d'y exercer une certaine contemplation de ce qu'elle est et du chemin qu'elle a parcouru.
Cérémonie en dehors de sa vérité d'" être ".

Pour autant, si l'ère du temps appelait à un frémissement de l'" être " convié à se réaliser devant un destin, notre troisième génération, celle dans laquelle nous sommes, est, malheureusement, celle qui soit la plus désabusée, désenchantée, et généralement, peut-être sans espoir. Sommes-nous tombés donc dans un nihilisme tragique, nietzschéen ? Pour le dire autrement, l'" être " mauricien se perd dans son ombre, dans les gouffres d'une impossibilité de perspectives à un pouvoir-être authentique. L'inauthenticité le guette et l'assomme. Il n'est qu'à considérer ici la " fête de l'Indépendance ". Est-ce que le mauricien s'y sent engagé comme proclamation de son identité et de sa patrie ? Est-ce le reflet " réel " du mauricien, un prolongement de ses aspirations dans le sociétal et dans le futur ? Beaucoup diront que non, et pour cause, qui sont plus ou moins désaffectés à une cérémonie qui se tient en dehors de sa vérité d'" être ".
L'" être " du mauricien d'aujourd'hui ne semble être plus animé d'espoir, d'un horizon plein de lui-même. Il est devenu, tant soit peu, nihiliste en trois générations. Certes de nombreux facteurs y contribuent. Mais il s'avère être essentiellement désabusé contre la politique de son pays. Celle-ci est à ses yeux une institution du mensonge, de corruption à outrance, animée d'une logique antinationale, d'un manque d'égalité, d'une culture du favoritisme et d'une discrimination institutionnalisée. Être un gouvernement, ou être son alternative, signifie un jeu de transfuges et d'alliances. C'est une stratégie du pouvoir. Ce n'est plus, avons-nous dit, une stratégie de l'action, de l'intégrité et de l'avènement de soi dans le collectif. Elle ne participe plus à un dépassement de l'histoire. La politique n'est plus chez nous une lutte pour des valeurs et des visions du futur. L'on semble ne plus être capable même d'avoir un futur réel pour l'" être " mauricien, méconnu en lui-même, qui ne s'est jamais posé dans l'histoire. Notre indépendance signifie alors, pour beaucoup, une capitulation devant notre destin à " être ", comme une nationalité avec un flou, avec un " oui… mais ". La fête de l'Indépendance est une occasion de repos, un jour non ouvrable, une ponctuation du calendrier mauricien.

Cette désaffectation identitaire peut se lire dans le décalage de notre hymne national avec nous-mêmes. Si elle appelle à une certaine métaphysique de la patrie (à l'adoration du " Glory to thee Motherland O Motherland of mine ", même si dans le lyrique " ma mère patrie " est dite tautologiquement " mienne ", répétition sur le plan lacanien, d'une vérité à jamais incomprise), elle présupposerait un peuple, au-delà de la terre, avant la proclamation de 1968, mythiquement uni. Toutefois, notre troisième génération désabusée peine à l'entendre. Décalage de la parole (" around thee we gather ", l'hymne national place l'être mauricien en dehors de la patrie, il est autour d'elle mais pas en son sein !), le romantisme allemand à la mauricienne est encore un carrefour de l'histoire qui l'attend, celui qui n'épousant ni la laïcité stricte, ni la Tradition, mais qui appelle la patrie à la métaphysique de l'être. Cette métaphysique serait pour Maurice aussi atemporelle (l'hymne national ne se termine-t-il pas en ses mots : " for ever and ever ").

Peut-on voir au-delà du nihilisme mauricien ?

Dans le partage du monde qui s'était opéré à la conférence de Yalta en 1945, et dans le tracé d'une nouvelle carte, les britanniques devaient renoncer à leur empire sous l'emprise des conditions secrètes de la mise en équilibre géopolitique suite à la deuxième grande guerre. Dans un tel élan, de nouvelles nations devaient exister, ouvertes à l'influence américaine en amont. Maurice ne faisait qu'y suivre, tardivement.

La réflexion s'impose aujourd'hui dans le cadre de notre indépendance. Peut-on voir au-delà du nihilisme mauricien ? Or, dans notre troisième génération, nous voulons appeler à un réveil, au risque de s'endormir à jamais. Nous voulons insister sur la nécessité de l'affermissement d'une société civile indépendante de même qu'à une réflexion indépendante sans couleur politique, capable de réfléchir la nation mauricienne et d'engager la marche vers l'avenir, et d'ouvrir un horizon d'espoir. C'est en ce sens qu'il importe de penser l'équilibre de notre société et de veiller contre un basculement tout politique. Mais avant tout, il faut aussi penser à ce que nous sommes. Il faut appeler à une réflexion philosophique sur l'" être " mauricien.

La naissance d'une véritable société civile, pour autant, n'est pas donnée. Des liens ne peuvent se forger que dans le temps, et les gens prennent du temps pour s'estimer et se parler. Néanmoins, s'il faut ainsi " donner du temps au temps " (François Mitterrand), notre échéance à se voir, à se poser, à se comprendre, à se parler en tant que société civile arrive désormais à maturité sous peine d'un déni à 'être'dans l'histoire. Le mauricien est-il sujet à un " dasein " dans lequel il n'a plus la liberté d'agir, dans lequel son conditionnement historique l'empêcherait de s'émanciper et de s'élever à la hauteur d'une véritable patrie ? Ou le mauricien, celui de la troisième génération, serait-il un être engagé, qui prendrait sa liberté sartrienne dans sa main, se retrousserait les manches, et emprunterait les voies de son avènement, dans lequel il ne pourrait se voir que " sans excuses " ? Ou alors serait-il un " être révolté " sans révolte ? Un être voué à une absurdité qui entache sa liberté ?


Le mauricien se définit par rapport à son futur et non pas par rapport à son passé. Ce futur interpelle un projet, tel le " dasein ", un être en manque de lui-même, qu'il doit prendre en charge et combler. L'indépendance, en vérité ne peut se " proclamer ", mais appelle à un projet qui le proclamerait. Il ne servirait à rien alors de se mentir.

Pour une réinvention posthume de la nation mauricienne



DOOKHY Riyad, "Pour une réinvention posthume de la nation mauricienne"
REGARD PHILOSOPHIQUE: Pour une réinvention posthume de la nation mauricienne
ARTICLE PARU DANS LE MAURICIEN | 27 OCTOBRE, 2011 - 16:40 | PAR RIYAD DOOKHY



La nation mauricienne n'est pas vraiment, hélas, l’enjeu réel du monde politique contemporain, toute tendance confondue. Décimation par ce qui devait être l’expression authentique, telle est sa tragédie. C’est alors une tragédie de ne pouvoir se réaliser réellement, comme tragédie de l’existence du mauricien même, comme privé d’être participant et concepteur conscient à un devenir. Pour avoir pataugé dans des fausses promesses, creuses en elles-mêmes, l’univers politique ne participe qu’illégitimement à un sociétal en captivité. L’intérêt mauricien d’un devenir réel n'est plus de mise, et doit être évacué pour des considérations factices.

Le mauricien ne bénéficie pas des traditions qui soumettraient le pouvoir à des contrôles effectifs et de la garantie de l’expérience, à l’instar des peuples qui ont à leur actif des histoires millénaires. La marche mauricienne demeure toujours à l’état d’un projet possible, d’une réalisation conjuguée au futur, renvoyée dans une fiction idéale mais jamais conjurée à l’effectivité. Les tribuns à qui échoiraient le « vocare » de ce dire ne pourront que le fredonner sans convictions réelles, et pour cause, car l’existence de ce qui est à dire précède leurs offices, et participe à une dynamique qui n'est pas celle de l’instant.

Pour autant, les mauriciens ne sauraient se constituer comme une nation sans testament, même si celui-ci ne peut être ramené à un dire du tribun. Ce ne serait qu’aux chantres de l’île de l’écrire. Ou alors l’écriture fut-elle achevée, comme fin de l'histoire même, comme déni de réalisation irrémédiable ? Cette menace est grave et pesante. Alors, qui aura confisqué l’espoir ? L’espoir d’un peuple devant l’appel, devant le vertige de se faire soi, devant le droit à la pleine réalisation de soi ? L’espoir finalement d'une autre réalisation possible ? Si nous privilégions le vocable « peuple » et non « nation » ici, c'est pour mettre en exergue l’immanence d'une signification émanant de l’individu, qui demeure dans le champ du subjectif et non dans une aliénation de la nation comme création objective.
Notre testament comporte des pages blanches qui appellent à la solennité de l’écriture, même si c'est de façon posthume. Dirons-nous demain à ceux d’aujourd'hui que nous pointerons à l’index que ce sont eux qui nous ont confisqué cet espoir ? Le temps viendra certainement pour une lucidité qu’accompagne l’événement de soi.

Qu’est-ce à dire ? Opposons le pessimisme pour l’optimisme mauricien.

C’est, en fait, à l’encontre même de l’« Institution », que les peuples du XXIème siècle se sont opposés. Ceux-ci se sont distancés des institutions politiques et se sont proclamés ne plus se reconnaître en elles. Or l’Institution appelle les nœuds de l’histoire se situant « dans » et « par » l’histoire ; c'est donc une invention de la nation qui ose défier ces nœuds, pour dire que celle-là n'est pas tributaire de ceux-ci ; c'est le dépassement de la nation à l’encontre d’elle-même et par elle-même. Ne faut-il pas alors parler de « réinvention », car tout en s’appuyant sur l’histoire, sur le cours des choses, sur une facticité donnée (« Faktizität »), un collectif a osé imprimer sa volonté comme choix du destin, pour sortir de l’histoire, d'une histoire prise sur elle-même ?

Ce qui se passe au Moyen Orient interpelle la réflexion. La révolution du jasmin ne s'est pas opérée dans des formes traditionnelles d’un anti-institutionnalisme prévisible. Elle a été comme une invention d’elle-même et de la nation par delà l’Institution, visant un tout autre horizon, celui d'une signification ouverte. Le peuple, tout comme la nation, s’invente et s’appelle, au début de notre millénaire. Millénarisme grave, le temps est désormais à une nouvelle humanité politique, voire à un temps messianique des libertés et des droits confisqués, de ceux notamment des sociétaux en captivité.

Dans l’impasse où nous sommes il importe aux mauriciens de se réinventer pleinement, non dans des fausses promesses, mais dans ce qu’ils ont de plus précieux, et dans ce qui les précède. C'est à cette seule condition qu’ils seront capables de lire et de compléter leur testament.

La « réinvention » n'est pas un mode de l’exceptionnel, mais du quotidien. Quand un peuple ne s’appelle plus, il se condamne à son effritement. Il n'est plus capable alors de se créer. De même, la nation mauricienne n’a jamais osé se réinventer par delà elle-même. Pour autant, notre futur en dépend. Elle n’a jamais osé dépasser l’histoire par le biais de celle-ci, pour avoir la vue sombre. Pourtant, c'est ce dépassement qui garantit son futur au risque même de sa mort certaine. Ceci ne peut être qu’évident pour celui qui contemple notre jeu politique actuel. Douterons-nous toutefois qu’elle aura entendu son appel à elle-même, ou le vrombissement de son vertige ? Peut-être.







Les trois registres du discours politique local




Riyad Dookhy, ‘Les trois registres du discours politique local’, Le Mauricien, Vendredi 17 septembre 2010 PROFIL DICTATORIAL (2) Les trois registres du discours politique local



A y voir de plus près, l'on note divers registres du "discourir démocratique public" dans le pays : d'un langage vulgaire au-dessous du seuil de la civilité, à un langage passionnel pour enfin emprunter celui revêtant des apparences du raisonnable et de l'analyse.
L'on peut ainsi dessiner trois sphères génériques de ce discours de façon sommaire. L'on est en mesure d'esquisser un parallèle entre ces registres du discours et les types de politiciens mauriciens. L'intérêt de cet exercice est de souligner que des registres du discours ne garantissent pas la santé politique de la République mauricienne.

Dans le parallèle entre registres du discours politique et types de politicien, l'on peut tracer ainsi trois figures d'hommes politiques. De manière simple, il existe un premier type de figure politicienne qui n'a pu se former qu'en haranguant un sentiment communal, qu'il va construire de façon fictive ou réelle d'un imaginaire mauricien crédule. Ce premier registre langagier détient son public propre, celui-ci étant plus occupé à se persuader du bien-fondé de ce genre de discours, qu'au lieu d'être un destinataire averti et rationnel. Le fond de ce discours s'articule sur deux plans essentiellement : un imaginaire construit et un espace de l'émotion publique. Le niveau de langue utilisé emprunte parfois une certaine vulgarité visant à construire des images mentales touchant un électorat plus sensible à l'imagerie caricaturale qu'à une discussion informée.

Un deuxième type de politiciens mitigerait volontiers ce discours vulgaire imagé, "communal" ou autre, tout en posant certains débats populaires. Il ne s'agit pourtant pas là d'un vrai débat, mais d'une simple apparence de débat. Ici il faut introduire une deuxième distinction entre un discours qui se prononce et s'entend, en réalité, sur deux niveaux : dans le verbe public, littéral, se lit un deuxième en filigrane, ayant son propre univers de sens. Au fait, il s'agit là d'un genre mitigé du premier type de figure politicienne. Ainsi, lorsqu'un Premier ministre ne sanctionne pas un ministre qui aurait entravé les valeurs de la République, on peut y lire un soutien en filigrane à son ministre et non un vrai débat.

Enfin, un troisième type de politiciens, mais peut-être moins fréquent, est celui qui pose le vrai débat et interpelle les vrais enjeux à discourir. C'est, l'on conviendrait, celui qui devrait vraiment occuper l'espace public mauricien. Ce sont des gens qui ont eu le courage et le mérite d'évoquer certains sujets essentiels dans la sphère publique, et ce parfois contre leur propre popularité. Ce fut peut-être des sujets tabous appelant de grandes discussions, des orientations sociales nécessaires, des principes anti-communautaristes, visant à instaurer une vraie démocratie, en vue d'une méritocratie réelle et institutionnelle, du respect et de l'intégrité de chaque citoyen, du parler vrai. Ce discours appartient au domaine du rationnel visant un public averti et instruit. Nous ne pouvons que regretter, ici, un certain manque de ces gens authentiquement engagés.

Il va sans dire que ce dont la société mauricienne a vraiment besoin c'est du troisième type de discours. Mais il ne faut surtout pas prendre ces trois registres de discours, avec en parallèle les figures politiciennes qui les accompagnent, comme un fatalisme mauricien. Il importe à la société civile de faire le choix, de favoriser et de condamner tel ou tel type de discours. Cette fonction de la société civile lui revient de droit. C'est en ce sens que la société civile peut reprendre son destin en main. Les citoyens doivent revendiquer un débat éclairé en tous points - pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil aux séances parlementaires et de déterminer combien de questions posées reçoivent "réellement" une réponse : la responsabilité gouvernementale auprès de l'institution parlementaire est, à Maurice, caricaturale ; le "political accountability" westminstérien est, hélas, un jeu de mots dans la sphère nationale.
FIN
Riyad DOOKHY
(Avocat à Londres, et chercheur au Centre de Recherche Carré de Malberg, France)


Le profil dictatorial de certains discours politiques (1)






Riyad DOOKHY, ‘Le profil dictatorial de certains discours politiques (1), Le Mauricien, Jeudi 16 septembre 2010.  


ESPACE PUBLIC LOCAL

Le profil dictatorial de certains discours politiques (1)
Riyad DOOKHY (Avocat à Londres, et chercheur au Centre de Recherche Carré de Malberg, France)










La sphère du discours public mauricien est marquée par la parole politique. Celle-ci étend son ombre de façon quasi-totale sur la plateforme publique de sorte qu'elle se révèle comme peut-être l'unique mode de débat au détriment d'autres façons de discourir. Cet état de choses ne peut, pour autant, garantir une parole publique instruite, transparente et concertée qui traite de vrais problèmes d'une nation.

De même, le programme des discussions qui doivent retenir l'espace public est souvent déterminé par un choix politique. Ce choix s'exerce selon les intérêts en question et non selon l'intérêt des citoyens proprement dit. Ce qui est " politiquement correct " emporte nécessairement sur ce qui fâche. Il est logique que le discours politique écarte de son répertoire des sujets qui aliéneraient son électorat. Mais, en cela, bien des aspects importants du destin mauricien restent sous une ombre opaque sans bénéficier d'une discussion citoyenne ou nationale. Ainsi, l'on éviterait de parler de la montée de la criminalité mauricienne, ou de la brutalité policière dans ses proportions réelles, qui d'ailleurs nécessiteraient des enquêtes sur des services chargés de l'ordre public, les choix et décisions de ceux-ci ainsi que les personnes responsables.

D'autre part, des citoyens pourraient avoir le sentiment que certaines institutions sont en porte-à-faux au regard du respect des droits de l'homme. Rappelons que la force publique appartient au peuple et la police n'est qu'un mandataire de celui-ci dans un cadre de stricte légalité et de respect des droits. Il incombe au premier ministre et au gouvernement d'enquêter et de sanctionner ; pourtant, ici, ils semblent témoigner de laxisme. Il existe ainsi des problématiques qui touchent aux graves atteintes d'un État (aspirant à devenir un État de droit) qui ne sont pas en rapport avec l'agora dans ses proportions réelles, de façon informée et transparente. Maurice malheureusement n'aurait pas atteint le statut d'un véritable État de droit.

La discussion de l'État de droit mauricien, et les obligations étatiques que cela entraînerait, ne sont pas à l'agenda public, même si tous les maux qui rongent la société mauricienne à l'heure actuelle interpellent ce débat. Sur d'autres plans, le citoyen mauricien ne sait pas ce qui se conclut par le gouvernement au niveau international avec des pays comme l'Inde ou autres, des États qui nourrissent peut-être des ambitions qui pourraient porter atteinte à notre souveraineté nationale.

A cela, la société civile mauricienne, et, plus rarement, sa parole élitaire apolitique, se prononce, s'entend et s'écoute sur la place publique de façon secondaire, comme d'une immixtion qui troublerait ce discours politique prépondérant.
Si elle est timide, cette parole civile a su récemment mener une bataille tendant à préserver l'institution démocratique de l'île Maurice contre le discours d'un ministre du gouvernement qui aurait prôné que le pouvoir étatique résiderait dans une "section" d'une communauté uniquement, au grand dam des principes, tel celui qui fait de tout ministre un représentant de la population mauricienne entière. L'on pourrait légitimement avoir le sentiment que les propos imputés à ce ministre ont bénéficié d'une certaine indulgence du Premier ministre qui n'a pu apporter une sanction réelle… Tous les autres membres du gouvernement seraient tout autant complaisants, semble-t-il.

L'appel à l'équilibre et le contrôle
Or, force est de constater que la parole publique mauricienne est caractérisée par les deux traits dominants comme suit : un "discourir tout-politique" au profil dictatorial et un besoin nécessaire d'affermissement de la structure pensante de la société civile (par opposition à la structure politique). Il est grand temps que la société civile pensante se fasse entendre fermement en vue d'instaurer l'équilibre requis dans l'espace public. Elle interviendrait comme contrôle de l'action gouvernementale, monitoring d'autant plus nécessaire dans le contexte mauricien qui ne connaît pas une véritable mise en responsabilité du gouvernement tant au niveau politique que juridique, bien que celle-ci fut quelque peu prévue par les institutions dont nous avons héritées. Dans ce jeu du politique mauricien aux partis qui s'allient et se désunissent en une logique du pouvoir, et non en une logique de l'action, le "tiers état", le peuple, ou le citoyen, tout comme le véritable intérêt national, sont quelque peu les " oubliés " ou les ratés de l'histoire. Le discours politique mauricien en l'état actuel, s'il instaurait en apparence un certain débat public, ne peut garantir une vraie discussion démocratique réelle tant il est soumis aux aléas politiques au niveau local.

Ces observations sont d'autant plus pertinentes même si le discours politique mauricien est parfois houleux dans son verbe ; rien ne garantit l'échafaudage d'un débat transparent et éclairé. Bien au contraire, dans les tons et langages vulgaires de certains politiciens mauriciens, au dessous du seuil de la simple civilité citoyenne, qui répondent à des intérêts individuels des orateurs, rien ne permet un éclairage du peuple. Ces politiciens "vulgaires" mettent ainsi en œuvre un jeu politique évacué de toute sa fonctionnalité essentielle. C'est un abus de la confiance du peuple et de l'institution démocratique.
(Suite)


La dangereuse aventure du créole graffiti (2)







Le Maurcien, Vendredi 24 Septembre 2010, Forum
GRAPHIE ET ÉTYMOLOGIE

La dangereuse aventure du créole graffiti (2)…
RIYAD DOOKHY (Barrister à Londres et chercheur au Centre de Recherche Carré de Malberg, France)

Cette attitude foncièrement idéologique du graphisme pseudo-phonétique entraîne ainsi une dé-lexicalisation dangereuse du créole. S'y pose la défiguration et disparition des termes savants, des concepts et des tournures de l'esprit, qui ne peuvent se dire en créole qu'en empruntant un idiome français créolisé. Tout l'apport de l'esprit - au-delà d'une simple vocalisation langagière à la mauricienne - ne peut se faire qu'en empruntant et en donnant cours à un créole francisé, à un français qui sert de texte de fond du discours créole.

Notons aussi, en passant, que cette graphie pseudo-phonétique cache des contradictions internes : le pluriel peut-il prendre le signe français "s" ? (ou alors, en créole 100 "roupies" et une "roupie" ne sont que "roupie" ?) ; comment conceptualiser une normalisation grammaticale si ce n'est qu'en ayant recours aux concepts descriptifs, ou pour certains, génératifs du paradigme latinisant, dont le français ?

La spécificité mauricienne
A Maurice, les configurations linguistiques sont marquées, d'une part, par l'usage presque exclusif de l'anglais au sein de l'Administration, et, un discours idéologique à la haïtienne (un créole entraînant une fermeture au savoir et un abêtissement du peuple), d'autre part. Celles-ci sont en outre conjuguées au fait que le français ne jouit pas du statut de langue d'enseignement alors qu'il serait plus fidèle à la réalité mauricienne. S'il en était ainsi, le français acquerrait une importance capitale dès lors que l'on reconnaîtrait son rôle de sens transcendantal (plus ou moins phénoménologique) dans la dynamique du créole mauricien. Il est une langue en filigrane mais bien présente dans la lexicalisation directe du monde par le Mauricien et une conceptualisation source dans le découpage et la compréhension de l'être-au-monde. En l'état actuel, la réalité linguistique mauricienne est marquée par des fractures et des aliénations linguistiques qui influent sur le génie de la nation mauricienne que l'on évite d'apprécier.
Dans le contexte institutionnel mauricien, l'écriture pseudo-phonétique du créole se présente comme un danger d'enfermement. Elle s'écrirait comme dans un vide herméneutique, dans une rupture totale avec son lien français, comme un faux substitut à celui-ci. Elle imprime la rupture avec le fond français et propose l'herméticité d'une graphie créole. Cette écriture ne peut alors que conduire vers une rupture du savoir et à une fermeture au monde et à l'horizon transcendantal du français. Le patrimoine linguistique français est, en réalité, celui de tous les Mauriciens, sans exception, qui doit être réclamé en tant que tel, mais, bien entendu, avec l'avantage de l'histoire, qui donne une forme mauricienne au français et qui lui a donné un créole francophone. Celui-ci s'inscrit dans le continuum de cette langue romane, d'où émane sa richesse et sa sagesse. C'est alors à bon droit que le créole continuera d'emprunter une notation latiniste.

Par opposition, une graphie latiniste du créole (celle de l'écriture du créole traditionnel, le créole "C"), conservant là où peut se faire une orthographe française, permet au Mauricien, même faiblement scolarisé, d'ouvrir un dictionnaire français ou une encyclopédie, de lire un journal, de s'instruire de ses droits et de se lier au grand monde (possibilité que la graphie pseudo-phonétique lui refuse). Le monde moderne repose institutionnellement sur le XVIIIe et XIXe siècle, forgé par une Europe francophone. C'est ici un avantage du Mauricien que de pouvoir accéder directement à la construction du monde moderne, de façon quasi-native, qu'une graphie latiniste doit conforter, mais que lui refuse une graphie "K". Cette possibilité est fermée à d'autres peuples qui n'ont pas le français, même en tant que dialecte ou créole, comme langue primaire.

Lien avec le français et le latin
Une graphie du créole, au final, doit être lisible, et doit être acceptée par le monde savant. Elle doit s'inscrire dans un pragmatisme contextuel, tout en facilitant l'accès à la connaissance. Elle doit opter pour l'ouverture et l'épanouissement même de son signe, et non pour sa fermeture et son atrophie. Ce n'est que la graphie traditionnelle qui peut prendre en charge ces critères. Il faut aussi savoir que l'économie mauricienne repose en grande partie sur le tourisme. Il y a lieu d'avoir une approche pragmatique et de prendre en compte l'image et l'accessibilité des étrangers et touristes, surtout francophones, au créole et à la nation mauricienne dans le but du rayonnement et l'épanouissement de celle-ci. Le créole mauricien en tant que représentant du créole de l'océan Indien ne pourrait que s'appuyer sur une graphie uniforme francophone pour une meilleure reconnaissance d'elle-même et des autres parlers créolophones voisins.
Pour nombre de lecteurs mauriciens, la graphie "K" représente une pause de lecture, un arrêt, parfois une déroute, qui l'arrache à sa logique orthographique francophone. L'accessibilité et le décryptage du créole n'y gagnent en rien, mais souffrent plutôt d'un rejet. Son écriture ne se démarque qu'en opposition au grand monde ouvert à la connaissance. La graphie "K" n'est pas une normalisation grammaticale ni ne participe d'une orthographe sécuritaire et démocratique dans la mesure où elle serait toujours la marque des choix individuels et sur laquelle un consensus uniforme serait impossible. Elle privilégierait la rupture au lieu de la continuité. Elle ne peut séduire que quelques-uns comme un idiome non réglementé, donc présentant une liberté comme étant sans normes, donc sans faute ; cette séduction est trompeuse. Car il existerait une certaine réglementation et une certaine normalisation.
La graphie "K" rend le créole sans passé, en niant son lien avec le français et le latin, telle une créature bâtarde de l'histoire en mal de légitimité, sans racines et peut-être en cela sans futur.
L'écriture phonétique n'est qu'une écriture technique à des buts limités. A Maurice, elle est empreinte d'une vision idéologique qui entraînerait des conséquences graves pour la génération de demain. Pourtant, les journaux parus à Maurice s'adonnent de plus en plus à cette graphie, une pratique que nous ne pouvons que regretter et condamner fermement. Elle ne conduira qu'à l'aliénation du peuple et provoquera une grande fracture linguistique entre ceux qui maîtrisent les langues internationales et ceux réduits à la seule langue créole phonétique. Dût-on l'écrire, le créole doit impérativement retrouver sa graphie traditionnelle. La presse écrite, qui a joué un rôle primordial dans la défense de la démocratie et la construction de la nation mauricienne est aussi le gardien de la forme littéraire de notre société. Elle doit assumer cette fonction de manière responsable.


La dangereuse aventure du créole graffiti (1)







Le Maurcien, Jeudi 23 Septembre 2010, ForumGRAPHIE ET ÉTYMOLOGIE
La dangereuse aventure du créole graffiti (1) …RIYAD DOOKHY (Barrister à Londres et chercheur au Centre de Recherche Carré de Malberg, France)


La question ou le choix de la graphie du créole n'a guère été posé et encore moins débattu alors qu'un pseudo-débat tend à avoir lieu sur la place de l'utilisation de cette langue au sein de la société mauricienne. Cette démarche est bien inquiétante au même titre que la question de l'introduction du créole dans l'enseignement et dont les enjeux n'ont jamais été bien pesés de fond en comble. Une controverse portant sur le créole a toutefois eu lieu et mais celle-ci a été uniquement tributaire d'un discours à forte prédominance idéologique au détriment d'une analyse attentive et éclairée.

La graphie du créole
Depuis quelques années une nouvelle graphie semble se répandre et s'imposer à l'encontre de l'écriture traditionnelle du créole. C'est une graphie en apparence phonétique mais loin d'emprunter cette dernière logique qui obéit à des règles internationales bien précises. Le créole phonétique mauricien s'évertue à écrire "kreol" au lieu de "créole" et est dénommé par certains comme le créole "K", le créole dit graffiti ou encore morisyen. Il s'agit d'une graphie de l'extrême gauche en opposition à un créole "C" que nous dénommons comme la graphie latiniste ou traditionnelle.

La graphie "K" méconnaît la dynamique réelle du créole. Elle s'inscrit dans un refus idéologique du lien de filiation qu'entretient le créole mauricien avec la langue française. Même si elle emprunte une phonétisation plus ou moins francophone encore, elle se pose comme une défrancisation obscurantiste. Elle tire sa force davantage en se donnant l'image d'un faux militantisme idéologique, en masquant les vrais enjeux et critères qui doivent retenir l'attention du Mauricien averti, en voulant rendre le créole comme une langue qui pourrait vraiment emprunter des signifiants exprimant un univers non atrophié.

Le double univers de sens du créole mauricien
Si l'on oppose traditionnellement les langues en tant que systèmes quelque peu hermétiques entre elles, le créole mauricien se parle et se lit sur un univers double et perméable du sens. Le locuteur créole mauricien emploie en permanence une fusion de deux univers herméneutiques en de multiples façons, consciemment ou inconsciemment. Le code linguistique créole emprunte impérativement des horizons du sens du français et l'invoque dans son parler quotidien - étant avant tout un créole français (en opposition à d'autres créoles, tels ceux hispanophones ou anglophones), s'inscrivant dans la francophonie. Il y a fluidité du sens d'un système linguistique à un autre, une stratégie locutoire propre et nécessaire au mauricien.

Le créole poli et savant est celui qui se rapproche le plus de cette toile en amont du français qui sert d'horizon herméneutique à la locution créole. La variation de registre s'inscrit ainsi entre la distance qui s'apprécie entre les deux univers que nous avons évoqués. Le phénomène est peut-être incompréhensible pour un unilingue russe ou anglais mais immédiatement compris par un Mauricien qui le vit quotidiennement.

Ne pas reconnaître cette dynamique spécifique du créole conduirait à la mise en place d'une politique obscurantiste.

L'appauvrissement lexical
C'est en ce sens que la graphie pseudo-phonétique devient un cheval de Troie pour une écriture du créole, car elle n'est au fait qu'un drainage de l'épaisseur savante du parler mauricien tant en ce qui concerne l'acquis conceptuel et civilisateur, qu'une dépatrimonialisation linguistique inculte. Elle entraînerait, à terme, une rupture avec toute l'histoire et richesse de la langue française dont le créole a besoin pour exister et de laquelle il puise sa dynamique. Elle ferait croire au Mauricien que le terme, par exemple, de "montagne" n'a rien à faire avec le terme correspondant français… La lexicalisation du monde créole serait ainsi primaire et originaire, le commencement d'une aventure linguistique sans passé. Or il s'agit d'un obscurantisme idéologique privant le locuteur mauricien de toutes les grandes ressources linguistiques (dont l'étymologie) comme support qui ouvre les possibilités génératives ordonnées et cultivées d'une production locutoire.

A SUIVRE

La démocratisation du débat sur l’eau




Mardi 02 février 2011 Riyad Dookhy, «La démocratisation du débat sur l’eau», Responsabilité, Forum, Le Mauricien, mardi 02 février 2011   

RESPONSABILITÉ

La démocratisation du débat sur l'eau
RIYAD DOOKHY, Barrister (Londres) et chercheur (IRCM, France)

La représentation publique des faits de rupture de service en eau à Maurice, si elle fut bien aménagée et surveillée, prend soin, selon toute vraisemblance, à ne pas engager la responsabilité de certains, et peut-être même à désarmer toute interrogation qui leur serait imputable. Ce serait le fait de la nature, en l'occurrence la sécheresse, qui est cause de toute rupture en fourniture d'eau. Les hommes ne pouvant intervenir dans les dispositions divines, ceux-ci ne feraient qu'en subir. Il appartient au peuple, donc, de recourir, comme ce fut le cas, à la prière commune pour que le Ciel nous déverse de Sa grâce.
Toutefois, la réalité est tout autre. Ce transfert de responsabilités au Ciel et non à l'homme a bien été voulu par certains pour que les vrais responsables ne soient pas inquiétés. S'il a fallu croire au miracle, il ressort qu'il ne fallait pas trop croire à la nécessité des Mauriciens de s'organiser et de s'assurer des services publics. Au fait, c'est la prise de conscience d'une organisation sociétale nécessaire qui fut écartée.
Dans une démocratie, un service public endosse des responsabilités importantes. Il en décharge par la prise en compte d'une gestion appropriée. Tout gouvernement, tout gestionnaire des services nécessaires est soumis à l'obligation de démontrer l'effort consenti pour s'assurer d'une bonne gestion, surtout s'agissant des services primaires. Rappelons que les contribuables sont ceux qui paient pour l'alimentation en eau. Au-delà de cette contribution financière, et d'une rupture certaine du contrat par l'autorité de fourniture en eau qui appelle en conséquence le versement des dommages et intérêts, la question est néanmoins plus grave.
Cette politique d'un déni de responsabilité s'est matérialisée, entre autres, dans la représentation de la rupture de service en eau comme s'inscrivant dans le registre d'un fait de la nature. Cette représentation tend à criminaliser les victimes - qui sont les usagers - pour un mal qui n'est pas le leur. C'est ainsi que l'on a fait croire aux usagers qu'il leur incombe d'économiser de l'eau, sous peine de sanction pénale, mais qu'il ne leur incombe pas de s'interroger sur le service pour lequel ils contribuent financièrement. Ceci est renforcé par certains reportages consistant à interroger en surface les responsables, tout en mettant le " focus " sur les usagers. Ces derniers apparaîtraient alors comme les fautifs, et c'est à eux d'apprendre à " économiser " l'eau. Les vrais responsables se jouent ainsi en victimes. Dans les reportages, il est question de " bonnes " personnes qui " savent " s'organiser et qui savent " faire l'économie " de l'eau. Il n'est jamais question du traumatisme, de la rupture de vie, de la trahison d'un service public, de son impact sur le développement à Maurice, du coût sur la production, sur le travail, sur les petits entrepreneurs, sur l'hygiène et les maladies, sur la psychologisation du vivre mauricien, sur le " confort " de bien vivre sur une île considérée par un journal irlandais comme comportant des aspects très inquiétants.
Transparence
Qu'une période de faible pluviosité s'abat sur l'île est un phénomène courant et régulier, voire annuel ! Tout à fait prévisible, il est question de " gestion ", face à des intempéries qui sont pour le cas mauricien constitutives de son environnement. C'est quand l'on est incapable de gérer (ici peut-être à stocker de l'eau, à revoir ses pertes dans ses canalisations, etc.) que l'on chercherait à criminaliser les usagers. Cette prétendue " sécheresse " ne saurait être nullement un phénomène rare et imprévisible à Maurice. Ou alors notre sécheresse ne consisterait pas en un manque d'un liquide H2O mais plutôt en celui de bons gestionnaires et de bonne politique d'eau.
Gérer un service public signifie une maîtrise des phénomènes pour le bien-être du peuple, avant même que le problème se manifeste. En réalité, les vrais responsables doivent au peuple mauricien des explications sur deux points au moins : sur le plan des infrastructures et sur le plan budgétaire.
Sur le plan des infrastructures, une démocratisation du débat est de mise. Quelles sont les mesures qui furent prises " d'avance " pour prévenir une rupture en eau en période dure (ou " rainy period " - au-delà d'un jeu de mots, la sécheresse mauricienne serait bien ponctuée d'" averses fortes ") ? Quel fut l'horizon des solutions proposées, celles qui sont " réellement " concrètes et non celles consistant à n'être que de simples garanties émises dans le but d'esquiver toute responsabilité ? A la question des infrastructures s'ajoute la question budgétaire. Les services de l'eau doivent démontrer non pas dans des cadres institutionnels fermés et accessibles à quelques-uns seulement, mais à la nation tout entière, l'étendue du budget, des dépenses, des pertes, et surtout des mauvaises gestions, (y aurait-il corruption ?), c'est-à-dire une réelle transparence du dossier.
Aussi, il est question aujourd'hui d'une autre facette de ce dossier. Qu'en sera-t-il à l'avenir ? Au peuple mauricien d'exiger des responsables que de vraies garanties soient données, et de réels travaux entrepris, pour l'année prochaine et les années à venir, afin que la rupture en fourniture d'eau potable ne se répète pas. Quelles mesures les autorités prennent-elles aujourd'hui pour que cette situation ne se reproduise pas demain ? Telle est désormais une des questions primordiales, qui ne doit plus désormais être une affaire classée.
Dans les débats qui touchent à la société, le journalisme libre doit exiger et construire une transparence qui tend vers un contrôle public budgétaire et infrastructurel. En ce sens, nous appelons à une pratique journalistique plus inquisitoriale, et proactive, alors même que les journalistes à la Réunion interrogeaient le Premier ministre si effectivement il y aurait une répression à l'encontre des journalistes mauriciens.
Plus que jamais il faut que Maurice passe à l'ère d'une démocratie active. Le peuple mauricien n'est plus un peuple somnolant, qu'une rhétorique politique suffirait… Il faut que l'élite neutre et indépendante tout comme les journalistes braves aident à construire un peuple qui est aujourd'hui parvenu à un tournant historique de son destin. Maurice ne pourra aspirer à devenir un grand centre touristique, pour ne mentionner que cet exemple, si elle ne peut même pas assurer un simple service d'eau.


L'exigence démocratique d'un droit à l'information à Maurice


 Mardi 15 février 2011-02-24Riyad DOOKHY, «L'exigence démocratique d'un droit à l'information à Maurice»,  Pratique gouvernementale sans cadre statutaire, Forum, Le Mauricien, mardi 15 février 2011.
 


PRATIQUE GOUVERNEMENTALE SANS CADRE STATUTAIRE

L'exigence démocratique d'un droit à l'information à Maurice
Le droit à l'information d'un peuple à l'encontre de l'administration publique et du Gouvernement est un droit fondamental et constitutionnel. Même certaines pratiques ou législations du Royaume-Uni furent l'objet de sévères sanctions par la Cour européenne de Strasbourg lorsque celles-ci touchent au droit à l'information. Les Mauriciens, petit peuple à la merci d'une pratique gouvernementale sans cadre statutaire, ne bénéficient pas de protection statutaire à cet égard. La question se pose si un petit pays avec une petite cour suprême, dont la timidité ou la bravoure reste encore à être appréciée, peut être à cheval sur la question démocratique et garantir les " vrais " droits des citoyens, qui sont tout au plus constitutionnels, dont le droit à l'information.
Or, si un officier d'une fonction publique refuse pour des raisons non démocratiques un droit à l'information, cet acte serait illégal et inconstitutionnel. S'il n'y a pas un acte statutaire en ce sens à Maurice, néanmoins le droit applicable protège le droit du citoyen à l'information. D'abord la Constitution mauricienne prévoit en son article 12 que : " …, il ne sera porté aucune entrave au droit de quiconque à la liberté d'expression, c'est-à-dire la liberté d'opinion, la liberté de recevoir ou de communiquer des informations … ".
"Freedom to receive information and ideas without interference…"
Le Conseil privé, dont la jurisprudence s'applique à Maurice et emporte prééminence sur le territoire de celle-ci, avait interprété des dispositions similaires à celles de la Constitution mauricienne dans l'arrêt Observer Publications v Campbell [2001] UKPC 11. En son paragraphe 8, l'arrêt du Conseil privé précise que : " It is necessary to quote in full this section of the said freedom… the freedom to hold opinions without interference, freedom to receive information and ideas without interference... ". Le Conseil Privé avait rappelé aussi que (paragraphe 52) : " The notion that whenever there is a failure by an organ of government or a public authority or public officer to comply with this law... necessarily entails the contravention of some human rights or fundamental freedom... ", et que (paragraphe 53), " ... with respect, the image of the Constitution as secluded behind closed doors is not one which their Lordships adopt. Nor would it be right to think of the Constitution as if it were aloof or, in the famous phrase of Holmes J, 'a brooding omnipresence in the sky'. On the contrary human rights guaranteed in the Constitution... are intended to be a major influence upon the practical administration of the law. Their enforcement cannot be reserved for cases in which it is not even arguable that an alternative remedy is available. As Lord Steyn said,... in Ahnee v DPP... '... bona fide resort to rights under the Constitution ought not to be discouraged' ". Citons, entre autres, parmi une jurisprudence constante du Conseil Privé, l'arrêt Cable and Wireless v Marpin Telecoms, [2000] UKPC 42 qui incorpore la jurisprudence de la Cour européenne considérant la nécessité d'un contrôle juridique strict sur toute violation des droits à l'information : " 61. … Where in the instant case there has been an interference with the exercice of the rights and freedoms... the supervision must be strict, because of the importance of the rights in question ; the importance of these rights has been stressed by the Court many times..... ".
Ces jurisprudences s'appliquent en droit mauricien, même si elles statuent sur le droit des autres États ; la question essentielle au sujet du gouvernement mauricien, pour apprécier également leurs bravoures et leurs sens démocratiques, serait certes dans la considération d'une loi sur le libre accès à l'information. Dans l'arrêt Worme and Anor v Commissioner of Police [2004] UKPC 8, des dispositions constitutionnelles similaires à celles de Maurice furent encore l'objet des observations claires et nettes de la part du Conseil privé. Celui-ci avait même fait référence à l'esprit démocratique qu'épouse la Cour européenne de Strasbourg (" the Spirit of the statement of the European Court of Human Rights in Lingens v Austria (1986) 8 EHRR 407, 418-419, at para 42 "). Au paragraphe 19 de l'arrêt Worme, le Conseil statue encore que : " … their Lordships bear in mind the importance that is attached to the right of freedom of expression, particularly in relation to public and political matters … … In Hector v Attorney-General of Antigua [1990] 2 AC 312, 318, Lord Bridge of Harwich said : 'In a free democratic society it is almost too obvious to need stating that those who hold office in government and who are responsible for public administration must always be open to criticism. Any attempt to stifle or fetter such criticism amounts to political censorship of the most insidious and objectionable kind' ".
Les droits constitutionnels de nos citoyens
Certes, la législation mauricienne aurait dû suivre le pas, à l'instar des législations des pays " démocratiques ". Ceci, malheureusement, n'est pas le cas à Maurice qui n'a pas de législation statutaire en la matière. Ainsi au Royaume-Uni même, la Freedom of Information Act donne droit à tout citoyen d'exiger de toute administration, dans des domaines y relatifs, des informations et soumet l'administration à une obligation de répondre et de fournir les informations requises en 21 jours. Citons l'article 1 et 10 de la Freedom of Information Act 2000 du Royaume-Uni : " 1. (1) Any person making a request for information to a public authority is entitled : (a) to be informed in writing by the public authority whether it holds information of the description specified in the request, and (b) if that is the case, to have that information communicated to him ".... " 10 (1) : Subject to subsections (2) and (3), a public authority must comply with section 1 (1) promptly and in any event not later than the twentieth working day following the date of receipt ". En Inde il existe un Indian Right to Information Act. Le manque de loi cadre à Maurice peut être interprété comme une aubaine pour une administration et un exécutif qui échappe au contrôle du peuple. L'information qu'ils dispenseraient se ferait par un tri non démocratique, parfois par discrétion d'un ministre ou d'un exécutif.
Mais même en l'absence d'une telle législation, rappelons que le droit applicable est comme le stipule la Constitution, comme le démontre la jurisprudence du Conseil privé ; celui-ci protège le droit à l'information, donc le droit de tout Mauricien d'avoir accès à l'information auprès des départements gouvernementaux et auprès de toute fonction publique mauricienne.
Un gouvernement est à tout moment responsable devant la nation. Le peuple a un droit démocratique et constitutionnel à l'information. Il ressort que si un département gouvernemental recèle une information et refuse de la communiquer pour des raisons non démocratiques, cette pratique serait inconstitutionnelle et illégale. Il appartient à la justice de sanctionner alors une telle pratique, et cette justice devait pouvoir se faire même sur le sol mauricien avec une célérité qui en serait digne. C'est dans cette optique qu'il faut apprécier toute pratique gouvernementale qui dispenserait au compte-gouttes des informations à tous ceux qui en solliciteraient. Ceci constituerait a priori une atteinte aux droits constitutionnels de nos citoyens.
RIYAD DOOKHY
Barrister (Londres), Chercheur (IRCM, France)


Définir l'être mauricien par-delà l'histoire (2)





 
Le Mauricien, vendredi 14 janvier 2011
Définir l'être mauricien par-delà l'histoire (2)
RIYAD DOOKHY, Barrister (Londres) et chercheur (IRCM, France)


Suite ...


Dans la réalité vécue du mauricien, ce qui lui fait 'être' en tant que mauricien, c'est un futur commun, au-delà de tout autre sorte d'identification. Le mauricien l'est d'abord parce qu'il entre dans un projet commun avec d'autres 'mauriciens', à un point donné par le temps (donc son lien temporel), d'où dépend la survie de son être, et de celle des générations qui lui succéderont. C'est là le point de sa fixation dans le temps. Du moins, au-delà du fait que l'on soit uni sur un espace commun, il existe aussi un temps commun du mauricien. Toutefois, à la différence d'un temps linéaire, ce temps est vertical, en ce sens qu'il appelle déjà (ici dans le présent) un futur. Le mauricien est un être en projet d'un futur qui s'ouvre à lui en tant que mauricien. Le futur l'interpelle à tout jamais, car le présent identificatoire qui lui est donné peut à n'importe quel moment se dissoudre sans l'horizon de ce futur. L'ombre du futur le devance, tout en le définissant et en lui conférant son unité conceptuelle.

C'est là la grande erreur de l'Afrique et du tiers monde qui consiste, et pour en faire une généralisation simplificatrice, à tenter de scruter uniquement l'horizon d'un passé brumeux, sans jumelles, que la vague d'un futur non nommé en tant que tel engloutit, conduisant aux démembrements, aux massacres ethniques, tels le Rwanda, le Congo, etc. A l'opposé, l'Europe, qui s'était entre-déchirée pendant la deuxième guerre mondiale, s'était construite, non pas en se tournant vers ce passé militaire ponctué de sang, de camps de concentration et de la misère d'un nationalisme dépassé (comme formes, et non, comme valeurs), mais en s'orientant vers une reformulation de valeurs comme acquis du futur.

Ainsi, le mauricien ne peut se définir que par son passé, d'un passé découlant d'un pli de l'histoire, mais celui, ou plutôt, total et plein, d'un projet. Notre identification repose dans " ce " futur-là qui détermine notre présent, donc, au final, d'une identification bien présente. Et c'est cette prise de conscience assumée, qui nous permettrait de récupérer du monde et de nos institutions reçues en héritage, de l'autre histoire qui s'est jouée ailleurs, non pas uniquement ses formes désuètes évacuées de ses profondeurs, des squelettes fantomatiques de bonne conscience, des institutions dénuées de leurs portées propres, mais leurs âmes, leurs principes, leurs vitalités et leurs valeurs.

Peut-être, est-ce ici chercher une phénoménologie de l'histoire, une réalisation et but de chacun, qui consisteraient à voir de l'intérieur de chaque temps messianique individuel (qui découle de traditions différentes dont nous sommes porteurs) qui compose le paysage mauricien, un déploiement de l'esprit hégélien ? Quoiqu'il en soit, nous voulons ici appeler de nos vœux un être mauricien non déchiré par les ruptures du passé, mais par un présent en avant sur son futur, celui qui permet la pleine réalisation d'une jonction temporelle, celui qui est l'assise même de notre identification.

S'il fallait chercher l'identité mauricienne, ce n'est peut-être pas, avant tout, le territoire (car l'esprit mauricien est aussi outre-mer, et peut-être même plus dynamique et réflexif ailleurs que sur l'île), ce ne serait pas une culture unique (car nous sommes multiculturels), ce n'est pas un quelconque brassage ou métissage culturel (dont la preuve reste à être démontrée), mais c'est avant tout une rencontre des temporalités au sein de l'histoire qui appellent un défi et une prise identificatoire, la rencontre temporelle devenant elle-même identité, se superposant et précédant la rencontre territoriale. Le mauricien serait celui aussi qui aura su s'arrêter dans l'histoire, et aller au-delà même de cette temporalité linéaire en le dédoublant d'un projet de civilisation. La course du tiers-monde est ainsi faite, et le peuple qui l'aurait su le premier emportera le trophée. Il y va de notre vie de demain, et c'est ce qui ferait que nous pourrons nous attendre à de bons hôpitaux et à de bonnes écoles, entre autres, si nous avons, par là, opté pour des valeurs authentiques (dont la méritocratie) et non des formes squelettiques de bonne conscience.
FIN
RIYAD DOOKHY, Barrister (Londres) et chercheur (IRCM, France)


Définir l’être mauricien par-delà l’histoire (1)





 
Le jeudi 13 janvier 2011
 
Forum le mauricien
 
Riyad DOOKHY, «Définir l’être mauricien par-delà l’histoire (1)» », Regard Philosophique, Forum, Le Mauricien, jeudi 13 janvier 2011.


Le Mauricien, jeudi 13 janvier 2011
Définir l'être mauricien par-delà l'histoire (1)
RIYAD DOOKHY, Barrister (Londres) et chercheur (IRCM, France)





Peut-on s'interroger sur une possible définition du mauricien au-delà des formes institutionnelles qui nous structurent ? Une interrogation qui porterait même au-delà des aléas de l'histoire et qui serait capable d'engager la réalité autre que formelle ou institutionnelle tout en permettant une constitution de soi et l'assise d'une identité mauricienne. Telle est peut-être l'entreprise que beaucoup interpellent parfois sans savoir dans quelle direction se tourner.

Sans doute, Maurice est-elle trop jeune pour se poser des questions avant-gardistes, pour ambitionner à interrompre verticalement son historicité… Notre pensée insulaire demeure encore à l'état d'une mise en programme des institutions reçues, d'un surréalisme de l'être et du vécu, d'un prolongement d'une histoire dont nous sommes les protagonistes en aval.
L'histoire de nos institutions (qui règlent nos vies) nous échappe et s'était déployée dans un autre temps et sur une autre terre que la nôtre. De plus, nos institutions, reçues, copiées, montées, ont subi ô combien d'altérations. Si nous avons reçu une forme de parlement, nous l'avons - aléas de l'histoire -, traduit en une seule chambre, alors que le modèle-source fonctionne en trois états comme contrôle consolidé, comme garde-fou de la démocratie, qui s'enracinait dans un développement millénaire qui démarra peut-être avec des personnalités, dont un Simon de Montfort (XIIIe siècle). Si, également, nous avons reçu le modèle des lectures parlementaires des projets de lois, comme lectures différées pour marquer un temps de réflexion, de pensée et de débat, nous l'avons traduit en une perte de temps futile, car le débat national n'a souvent pas le temps d'être, ou celui d'être en posture de l'être. La " loi " en création, chez nous, se résumerait facilement en deux lectures formelles, hâtives, parfois même sans intervalles, sauf peut-être et sans jeu de mots, pour une pause déjeuner. L'intervalle dérange et se lit comme un délai connotant le retard et non celui de la réflexion et du mûrissement. Recevant une forme institutionnelle millénaire, nous l'avons, par contre, évacuée de sa véritable assisse démocrate, de son âme, tout en gardant le squelette. Autre dictature que celle-ci, celle des institutions qui sont en apparence démocratiques. Maîtres de la réception sans en étant maîtres de la dynamique des formes que l'on accueille, qu'importe que l'on décrive les dysfonctionnements institutionnels face à une résignation à se faire mauvais copistes.
Pourtant, tentons ici l'aventure d'une réflexion au-delà de la forme institutionnelle pour essayer d'y voir un point de repère pour une identité mauricienne propre, un point de rencontre entre un passé reçu (et ses institutions) et un présent vécu. Abordons la condition première qui soit celle de la temporalité d'un peuple, c'est-à-dire là où un peuple parvient à s'interroger sur sa réalité présente, et se pose des questions, non nécessairement quant à son histoire, mais quant à lui-même, à son être, donc à son identité propre.

Visée civilisatrice
Certes, le temps historique objectif se contraste toujours avec un " temps vécu " subjectif, fût-il un temps bergsonien ou proustien (qui d'ailleurs comme le démontrait celui-ci, est un vécu à jamais perdu, irrécupérable, que seul le style de l'homme, c'est-à-dire sa conscience, ou une identité de soi, permet de ré-arpenter). Mais tout peuple, selon nous, s'il se donne un passé construit, aura inversement besoin, mais plus que celui-ci, d'un futur. Le propre d'un peuple n'est pas tant, comme l'on a tenté de le définir (dont le célèbre Ernest Renan et son " Qu'est-ce qu'une nation ? "), un élément objectif rassembleur, tel un territoire, un mythe, une langue ou une culture ; - peut-être, mais pas uniformément, ou encore comment dès lors que sommes multiculturels, ayant nos mythes et nos traditions divergentes ? De tels critères ne peuvent être que fractures et aliénations pour le peuple mauricien.

Le propre d'un peuple, et en cela le peuple mauricien lui-même, est d'abord, selon nous, dans sa relation "temporelle" avec son temps vécu, qui appelle les profondeurs de sa visée civilisatrice, au-delà même du territoire, au-delà de l'histoire historiographique, au-delà de la forme évacuée en une quelconque "objectivité" d'un déroulement des événements historiques. En d'autres mots, au-delà d'une définition par le territoire (définition juridico-politique), au-delà d'une définition par l'histoire, voyons la réalité d'un vécu mauricien, et voyons comment s'y dessine une identité propre. Et c'est ici où se saisit en premier lieu un esprit mauricien. Se limiter à l'histoire événementielle, dans ses déchirements, dans ses oppositions, fera de Maurice un lieu impossible, condamnée à ne jamais être, à ne pas avoir de nom véritable à se donner, à ne pas être un authentique projet de civilisation.
RIYAD DOOKHY, Barrister (Londres) et chercheur (IRCM, France)

A SUIVRE